Les eaux riches en bicarbonates sont souvent présentées comme bénéfiques pour les reins, notamment dans le contexte des coliques néphrétiques. La question mérite pourtant d’être posée autrement : quel paramètre compte réellement pour prévenir la formation de calculs rénaux, le type d’eau ou le volume bu chaque jour ? Les données récentes orientent la réponse vers une lecture plus fine, où le profil du patient et la nature du calcul pèsent davantage que l’étiquette de la bouteille.
Sodium caché dans les eaux bicarbonatées : un piège pour les calculs calciques
Ce point est rarement mis en avant dans les articles grand public. Beaucoup d’eaux gazeuses très bicarbonatées sont aussi très riches en sodium. Pour les patients sujets aux calculs calciques (les plus fréquents), cette charge sodée pose un problème concret.
Le sodium augmente l’excrétion urinaire de calcium. Plus l’apport sodé quotidien est élevé, plus le calcium se retrouve concentré dans les urines, ce qui favorise la cristallisation. Réduire le sodium dans l’eau est donc, pour limiter les récidives de calculs calciques, plus pertinent que réduire le calcium lui-même.

Le tableau ci-dessous compare les paramètres à surveiller dans une eau minérale selon le type de calcul rénal.
| Type de calcul | Paramètre prioritaire de l’eau | Eau bicarbonatée adaptée ? |
|---|---|---|
| Oxalate de calcium | Faible teneur en sodium, calcium modéré | Seulement si pauvre en sodium |
| Acide urique | pH alcalin (bicarbonates utiles) | Oui, c’est le cas favorable |
| Phosphate de calcium | Éviter l’alcalinisation excessive | Non, risque d’aggravation |
| Cystine | pH alcalin souhaité | Oui, sous contrôle médical |
L’eau bicarbonatée n’a donc pas le même intérêt selon la composition du calcul. Le type de calcul doit guider le choix de l’eau, pas l’inverse.
Calculs d’acide urique et bicarbonates : le seul cas vraiment documenté
Les calculs d’acide urique se forment dans un milieu urinaire acide. Alcaliniser les urines constitue une stratégie reconnue pour prévenir leur récidive. C’est dans ce cadre précis que les eaux riches en bicarbonates présentent un intérêt réel.
Les bicarbonates agissent comme tampon, ce qui contribue à remonter le pH urinaire. Les médecins prescrivent d’ailleurs souvent des alcalinisants urinaires (citrate de potassium, bicarbonate de sodium) dans cette indication. Une eau naturellement bicarbonatée peut compléter cette approche.
En revanche, pour les calculs de phosphate de calcium, un pH urinaire déjà alcalin favorise la cristallisation. Boire une eau bicarbonatée reviendrait alors à aggraver le terrain. Alcaliniser les urines n’est pas toujours souhaitable, et c’est l’analyse du calcul (spectrométrie infrarouge sur un calcul récupéré, ou bilan métabolique) qui tranche.
Ce que l’analyse d’urines révèle
Un bilan urinaire sur 24 heures mesure le pH, la calciurie, l’oxalurie, l’uricurie et la natriurèse. Ces données permettent au néphrologue ou à l’urologue d’adapter les recommandations hydriques de façon personnalisée. Sans ce bilan, choisir son eau sur la base de son étiquette relève de l’approximation.
Volume urinaire et prévention des coliques néphrétiques : la donnée clé
Le facteur de prévention le mieux établi reste le volume d’urine produit chaque jour. L’objectif est de maintenir une diurèse suffisante pour diluer les substances lithogènes (calcium, oxalate, acide urique) et empêcher leur cristallisation.
Les recommandations de prévention ciblent un volume urinaire d’au moins deux litres par jour, ce qui suppose de boire régulièrement, y compris en dehors des repas et pendant la nuit pour les patients à risque élevé de récidive.
- L’hydratation régulière dilue les concentrations de minéraux dans les urines, quel que soit le type de calcul.
- Le volume bu compte davantage que la marque ou la composition exacte de l’eau pour la majorité des patients.
- Les boissons sucrées ou riches en fructose augmentent le risque de lithiase, ce qui rend l’eau plate ou faiblement minéralisée préférable par défaut.

Autrement dit, boire suffisamment d’eau plate reste la première mesure de prévention, bien avant le choix d’une eau spécifique. Le type d’eau n’intervient qu’en complément, une fois le bilan métabolique réalisé.
Adapter l’eau minérale au profil rénal : lecture pratique de l’étiquette
Pour les patients qui souhaitent affiner leur choix après un bilan, plusieurs éléments de l’étiquette méritent attention.
- Teneur en sodium : à limiter sous 20 mg/L pour les calculs calciques récidivants. Certaines eaux gazeuses bicarbonatées dépassent largement ce seuil.
- Teneur en bicarbonates : pertinente uniquement pour les calculs d’acide urique ou de cystine, sous validation médicale.
- Teneur en calcium : contrairement à une idée répandue, un apport calcique alimentaire suffisant (y compris via l’eau) réduit l’absorption intestinale d’oxalate et peut limiter les calculs oxalocalciques.
- Résidu sec : un indicateur global de la minéralisation. Les eaux faiblement minéralisées (résidu sec inférieur à 500 mg/L) conviennent à la plupart des profils.
La lecture de l’étiquette ne remplace pas un avis médical, mais elle permet d’écarter les eaux dont la composition est inadaptée. Une eau gazeuse affichant plus de 1 000 mg/L de bicarbonates et plusieurs centaines de milligrammes de sodium par litre n’est pas un bon choix quotidien pour un patient sujet aux calculs calciques.
Le calcium dans l’eau : allié ou ennemi ?
La crainte du calcium dans l’eau est un malentendu fréquent. Le calcium alimentaire (y compris celui de l’eau) se lie à l’oxalate dans l’intestin, ce qui diminue la quantité d’oxalate absorbée puis excrétée par les reins. Réduire le calcium alimentaire augmente le risque de calculs oxalocalciques, et non l’inverse. Les recommandations diététiques actuelles déconseillent les régimes pauvres en calcium chez les patients lithiasiques.
L’approche personnalisée gagne du terrain dans la prise en charge de la lithiase urinaire. L’eau bicarbonatée reste un outil utile, mais dans un cadre précis : calculs d’acide urique ou de cystine, teneur en sodium vérifiée, volume de boisson maintenu au-dessus de deux litres par jour. Pour tous les autres profils, la priorité est de boire suffisamment, avec une eau dont la composition sodée n’alimente pas le problème qu’elle prétend résoudre.

