Un système d’information en EHPAD ou en structure médico-sociale repose rarement sur un seul logiciel. NETSoins, édité par Teranga Software (Orisha Socialcare), couvre le dossier usager informatisé (DUI), la traçabilité des soins et une partie de la gestion administrative. L’intégrer dans un SI existant suppose de connecter des briques logicielles hétérogènes, souvent déjà en production, sans créer de rupture dans les pratiques quotidiennes des soignants.
Flux de données entre NETSoins et le reste du SI
Avant de parler de conduite du changement, il faut comprendre ce qui circule techniquement entre NETSoins et les autres logiciels métiers d’un établissement. Les échanges concernent principalement trois périmètres : le dossier administratif du résident (identité, mouvements, couverture sociale), les données médicales et paramédicales (prescriptions, transmissions ciblées, constantes), et la facturation.
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NETSoins fonctionne en architecture 100 % web, accessible depuis un navigateur sans installation locale. Cette conception facilite les appels API et les échanges par messages normalisés. Le point de vigilance porte sur la compatibilité des formats : un logiciel de pharmacie, un outil de planning ou un module de facturation tiers n’utilisent pas toujours les mêmes référentiels de codage.
Les structures qui connectent NETSoins à un logiciel de gestion des ressources humaines ou à un outil de planification doivent cartographier les flux avant toute mise en production. Chaque flux doit avoir un propriétaire identifié, c’est-à-dire une personne responsable de sa maintenance et de sa supervision en cas d’anomalie.
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Conformité HDS et Ségur : ce que l’intégration implique concrètement
Le référentiel HDS v2024, en vigueur depuis le 1er janvier 2024 (période de transition close au 30 juin 2024), impose des exigences précises d’hébergement pour toute donnée de santé à caractère personnel. NETSoins, hébergé selon les normes HDS et conforme au RGPD, remplit ces obligations pour son propre périmètre. Le problème survient quand d’autres briques du SI ne sont pas au même niveau.
Un logiciel de comptabilité qui reçoit des données de facturation contenant des informations médicales indirectes (actes réalisés, durées de séjour) peut tomber dans le champ HDS sans que l’établissement en ait conscience. Vérifier la conformité de chaque maillon de la chaîne reste une étape préalable à toute intégration.
L’interopérabilité Ségur comme prérequis de déploiement
Les dispositifs Ségur du numérique en santé ne sont plus un cadre théorique. Le référencement des solutions et les exigences de conformité structurent désormais les choix d’intégration. Aligner NETSoins avec les flux nationaux sans bricolage local suppose de respecter les standards d’échange définis par l’ANS, notamment pour les documents de santé partagés et l’identité numérique des professionnels (Pro Santé Connect).
Les établissements qui ajoutent des connecteurs maison entre NETSoins et d’autres logiciels prennent le risque de créer des dette techniques difficiles à maintenir lors des mises à jour du référentiel Ségur.
Organisation du changement : le vrai facteur d’échec ou de réussite
Les contenus disponibles sur NETSoins décrivent abondamment ses fonctionnalités (transmissions ciblées, télémédecine, rapports statistiques). L’angle le plus souvent absent concerne l’organisation humaine du déploiement. Les retours terrain convergent sur un point : un comité utilisateurs actif réduit les résistances bien plus qu’une formation initiale.
Ce comité regroupe des référents par service (IDE, AS, administration) qui remontent les irritants, testent les évolutions et servent de relais auprès de leurs collègues. Sans cette structure, les difficultés d’usage se transforment en contournements (retour au papier, double saisie), ce qui annule les gains attendus de l’informatisation.
Rythme de déploiement et séquencement des modules
Activer tous les modules NETSoins en simultané surcharge les équipes. Un séquencement par paliers donne de meilleurs résultats :
- Premier palier : dossier administratif et transmissions narratives, pour familiariser les agents avec la navigation et la logique de l’outil.
- Deuxième palier : prescriptions, plan de soins et transmissions ciblées, qui demandent une rigueur de saisie plus élevée.
- Troisième palier : modules avancés (télémédecine, rapports statistiques, interfaces avec les logiciels tiers), une fois que la saisie courante est stabilisée.
Chaque palier doit durer suffisamment longtemps pour que les équipes de nuit, les remplaçants et les professionnels à temps partiel aient le temps de pratiquer. Raccourcir ce délai pour respecter un planning projet crée des lacunes durables.

IA intégrée et logiciels métiers : les nouvelles contraintes réglementaires
Plusieurs éditeurs, y compris dans le médico-social, commencent à intégrer des fonctions d’assistance basées sur l’intelligence artificielle (résumé automatique de transmissions, aide à la codification d’actes). Le cadre s’est durci récemment.
La HAS insiste sur une IA utilisée avec le professionnel, pas à sa place. L’AI Act européen ajoute des obligations de transparence et de gouvernance, particulièrement pour les systèmes classés à haut risque, catégorie dans laquelle tombent la plupart des usages cliniques.
Pour un établissement qui intègre NETSoins dans son SI, cela signifie que toute brique d’IA ajoutée (par Teranga ou par un tiers) doit faire l’objet d’une documentation spécifique : finalité, données d’entraînement, modalités de supervision humaine, traçabilité des décisions assistées. Ajouter un module d’IA sans cette gouvernance expose l’établissement à un risque de non-conformité.
Cybersécurité et auditabilité du SI intégré
L’interconnexion de NETSoins avec d’autres logiciels élargit la surface d’attaque. Un accès compromis sur un outil périphérique (planning, messagerie interne) peut servir de porte d’entrée vers les données de santé hébergées dans le DUI.
Les bonnes pratiques documentées pour le secteur médico-social insistent sur plusieurs points :
- Cloisonnement des accès : chaque logiciel connecté dispose de droits limités aux seules données nécessaires à son fonctionnement.
- Journalisation centralisée : un historique complet des actions sur l’ensemble du SI, pas seulement dans NETSoins, permet de détecter les comportements anormaux.
- Tests de restauration réguliers : vérifier que les sauvegardes fonctionnent réellement, pas seulement qu’elles existent.
- Sensibilisation continue des équipes : les soignants sont la première ligne de défense face au phishing ou aux erreurs de manipulation.
L’intégration de NETSoins dans un SI médico-social ne se résume pas à un projet informatique. La conformité HDS et Ségur, la gouvernance de l’IA, la cybersécurité et surtout l’organisation humaine du changement déterminent la réussite du déploiement autant que la qualité technique du logiciel lui-même. Un établissement qui traite ces dimensions en parallèle, plutôt qu’en séquence, limite les risques de rejet par les équipes et de dette technique à long terme.

